Aveyron - France

L’actualité Saint-Cômoise

HOMMAGE au GENERAL Edouard de CURIERES de CASTELNAU

Sa biographie :

Issu de l'une des plus vieilles familles du Nord-Aveyron, le Général Edouard de Curières de Castelnau, né le 24 décembre 1851 à Saint-Affrique, fut l'un des grands chefs militaires de la guerre de 1914-1918. Ses liens avec la commune de Saint-Côme d'Olt se concrétisent par ce château qui servit de refuge à cette famille aux lendemains de la Révolution. Le général aurait pu y naître si son père, Michel de Castelnau, n'avait postulé pour le barreau de Saint-Affrique. En novembre 1878, il épousera l'une de ses cousines, Marie Barthe de Mandegourg, héritière d'une importante propriété à Montastruc-la Conseillère. Elle lui donnera 12 enfants. Aujourd'hui, ce château accueille ces deux expositions dédiées à honorer les morts de cette première guerre mondiale. Il fut cédé, en 1970, à la commune de Saint-Côme, par la famille de Castelnau, pour y installer les services de la mairie. Il arbore, sur sa face-sud, le Mémorial qui rappelle les nombreux sacrifices de cette famille pour la France. Après une riche vie contrastée mais couronnée de succès, il décèdera le 28 mars1944 à l'âge de 93 ans, 3 mois avant le débarquement allié en Normandie.

 

Sa carrière militaire :

Le général de Castelnau incarne avec Joffre, Pétain et Foch le haut commandement français pendant la Grande Guerre. Sa carrière militaire débute à Saint-Cyr en 1869. Tout de suite, il combattit comme lieutenant, pendant le rude hiver 1870-1871 dans l'Armée de la Loire. Il y sera, quasi immédiatement, nommé capitaine en raison de son courage et de son dynamisme. Affecté en 1893 au 1er bureau de l'Etat-major à Paris, il fut, plus particulièrement, chargé de préparer la mobilisation.

Nommé colonel en 1900, Edouard de Castelnau prend le commandement du 37e Régiment d'Infanterie à Nancy. Il y passera cinq années qui constitueront, pour lui, un bagage tactique incomparable. Attentif à la vie du soldat, il fait installer l'électricité dans les casernes et veille à la nourriture et à l'hygiène des troupes. Il déploie une grande facilité et une grande authenticité dans les contacts humains, quels que soient ses interlocuteurs. Il parle notre patois, ce qui le rapprochera des soldats du 122e Régiment de Rodez qui le rejoindront dés le début du conflit.

Ce commandement lui permet d' acquérir  une expérience militaire de première importance. A son terme, la région n'aura plus de secret pour lui. Ce sera déterminant lorsqu'il s'agira de combattre dans la Trouée de Charmes et de défendre Nancy.

En 1905, il est nommé général et affecté à Soissons. Il y côtoiera le général Joffre qui, tout de suite, découvre chez Castelnau ses grandes qualités intellectuelles et ses facilités d'expression en un temps où celles-ci priment sur tout autre moyen de communication. Brillant orateur, il sera d'ailleurs invité, au printemps de 1911, à donner trois conférences au Centre des hautes études militaires qui auront un grand retentissement, notamment en mettant l'accent sur l'entrainement du soldat et en pariant sur l'apport de l'aviation qui vient, à peine, d'exister! Quand Joffre arrivera à la tête des armées, il décidera de repenser toutes les hypothèses que Castelnau est chargé de préparer. L'un des objectifs majeurs est d'arriver à réduire le délai de mobilisation et d'acheminement des troupes. Cet objectif sera atteint puisque deux jours seront gagnés par rapport aux précédentes versions. En août 1914, la mobilisation française sera remarquablement réussie pour amener l'ensemble des forces, aux frontières, avant toute tentative d'incursion allemande.

La Trouée de Charmes et le sauveur de Nancy

Les débuts de la guerre sont catastrophiques pour l'armée française. C'est la bataille de Morhange et la défaite de Charleroi pour la Ve armée. La charge à la baïonnette se heurte à la puissance de feu des mitrailleuses allemandes. Le canon de 75 a une portée plus courte que l'artillerie allemande... Deux armées allemandes affrontent deux armées françaises sur un champ de bataille de plus de 100 km. C'est la "Trouée de Charmes". Castelnau y déploiera toute sa science militaire en fonction de sa compréhension du plan de l'ennemi et de sa connaissance intime de cette région. "En avant partout, à fond"! Pour allonger la portée des 75, on procède à l'enfoncement de sa crosse. On pratique le "débouché à zéro" qui consiste, pratiquement, à tirer à vue directe, au milieu des fantassins. Leur effet fut considérable. Le 24 août, après quelques heures d'un parcours facile, deux corps d'armée du Kronprinz de Bavière s'apprêtent à franchir la Meurthe et la Morhange. Mais Castelnau les attend. Il a placé sur les crêtes une artillerie lourde qu'il a prélevée dans les forts de Toul. Postée sur les hauteurs de Belchamps, elle va couvrir, d'un bombardement incessant, l'axe de progression ennemi confronté au grossissement des eaux des deux rivières alors qu'il n'y a qu'un seul pont de disponible. Le 25 août, le général qui vient de perdre, à 21 ans, Xavier, l'un de ses fils, à Morhange, galvanise ses troupes. Précédés par un déluge d'obus, les fantassins des 15e et 16e corps d'armée français commencent à descendre des collines...Ce sera la retraite du IIe corps bavarois qui tourne à la débâcle. Le 9 septembre 1914, il perd un deuxième fils, Gérald, à Grandes-Perthes. Il en perdra aussi un troisième, Hugues, le 1er octobre 1915, au Bois de Givenchy (Pas-de-Calais).Le 19 septembre, il est élevé à la distinction de "Grand Officier de la Légion d'Honneur". Dans les jours qui suivent, l'armée française remportera la victoire de la Marne.

 Nommé adjoint du Généralissime Joffre en novembre 1915, Castelnau a joué un rôle primordial dans la bataille de Verdun. Le 21 février 1916, après  10 heures d'un intense bombardement, des troupes allemandes passent à l'attaque devant Verdun et enlèvent les premières lignes des tranchées; le fort de Douaumont, désarmé, est pris. Informé de la situation, Castelnau propose à Joffre d'aller voir sur place. Joffre accepte  et lui donne pleins pouvoirs pour trouver rapidement une solution. Dans la nuit du 24 février, Castelnau se rend à Verdun; il donne l'ordre à la IIe armée qui est au repos dans l'Oise, sous le commandement du Général Pétain, de se rendre à Verdun et de défendre la place forte sur la rive droite de la Meuse. Constatant que le commandement local se prépare à évacuer cette rive droite, Castelnau annule les ordres de repli et, en vertu de ses pleins pouvoirs, confie à Pétain le commandement de toutes les troupes se trouvant dans le secteur de Verdun. Il lui demande de tenir la rive droite sans esprit de recul. Ce sont les décisions que Castelnau a prises sur place en février 1916 qui vont permettre à Verdun de tenir pendant 5 mois et de devenir la bataille majeure de la Grande Guerre.

Après la désastreuse bataille du Chemin des Dames en 1917, puis une nouvelle offensive des Allemands au printemps 1918, Castelnau, commandant le Groupe d'armées de l'Est est chargé par Foch de préparer une vaste offensive en direction du Rhin pour pénétrer en Allemagne. Castelnau prépare ses troupes et annonce à Foch qu'il attaquera le 14 novembre 1918. L'armistice est signée le 11 novembre. Selon ses propres termes, dans une lettre envoyée à l'un de ses fils, il le privera "d'une victoire éclatante qui eût mis à genoux-et pour longtemps- la puissance militaire allemande...elle n'eût pas survécu à cette irrésistible percée dont le résultat nous conduisait aux rives du Rhin". Et de conclure, de façon prémonitoire: "Souhaitons qu'il n'engendre pas de fâcheuses répercussions pour l'avenir".

"Le maréchal escamoté"

Après l'attribution du bâton de Maréchal à Foch, Commandant en chef interallié, puis à Pétain, Commandant en chef des Armées françaises, on s'attendait à trois nouvelles nominations: Castelnau, Franchey d'Espéray et Fayolle. Le projet filtra dans la presse et la décision fut rapportée du fait de l'opposition du parti radical et du Grand Orient de France.

Castelnau écrivit à l'un de ses fils: "tout cela ne saurait m'atteindre. J'ai commencé ma carrière sur les champs de bataille de 1870 comme Commandant de compagnie et je suis actuellement le seul officier ayant combattu pendant les heures douloureuses de 1870 qui soit au front. Je termine ma carrière comme Commandant de Groupe d'Armées en Alsace dans le triomphe de mon pays, triomphe auquel ont contribué six de mes fils. Notre maison a largement servi la France dans le présent comme dans le passé. Nous n'avons rien à nous reprocher".

 

Christian Prieur

Arrière-petit-neveu du Général de Castelnau

(Sources principales: "Castelnau-Le quatrième Maréchal"-

 Benoît Chenu- Arrière-petit-fils du Général - déc 2017".